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Les journées révolutionnaires de juillet 1830 ont inspiré à Eugène Delacroix son tableau aujourd’hui le plus fameux, La Liberté guidant le peuple. Exposée au Salon de 1831, l’œuvre est devenue, depuis sa présentation pérenne au Louvre en 1874, l’icône magistrale de tous les combats pour la liberté. Cette esquisse peinte permet d’entrer dans la pensée créatrice de l’artiste.

La genèse d’un chef-d’œuvre

Achevée en quelques mois, d’octobre à décembre 1830, La Liberté guidant le peuple (musée du Louvre) passe pour avoir été réalisée d’un seul geste. Elle est en fait le fruit d’une longue gestation, car c’est au milieu des études et croquis initialement réalisés pour La Grèce sur les Ruines de Missolonghi (1826, musée des beaux-arts de Bordeaux) que Delacroix en a conçu l’idée. Comme deux branches issues d’un tronc commun, les deux œuvres sont nées d’une seule idée de départ, vers 1821, celle d’une figure féminine allégorique se tenant debout sur des décombres et des cadavres. L’esquisse déposée au musée Delacroix – unique esquisse peinte connue parmi les études préparatoires pour La Liberté – témoigne de cette parenté entre La Grèce et La Liberté : la figure féminine n’a pas encore le bonnet phrygien sur la tête, ni le fusil dans la main gauche. Son visage se présente de trois-quarts, comme celui de La Grèce. Le drapeau flotte à droite ; dans le tableau final il flottera à gauche. Cependant, l’essentiel de la composition est déjà là. Dans une attitude conquérante, la figure allégorique féminine porte fièrement le drapeau dans sa main droite et surplombe une scène où l’on devine des corps étendus au sol. Version moderne des victoires antiques, elle a déjà tout de la figure allégorique : visage indifférencié, nudité héroïque, drapé antique. Le format de la toile est exactement proportionnel à celui de l’œuvre finale, quatre fois plus grande.

Le sens de la synthèse

Cette étude montre la vivacité du trait de Delacroix, qui lui permet d’arrêter la composition et le mouvement de son chef-d’œuvre en quelques coups de pinceau. L’ensemble frappe par sa simplicité et son efficacité. L’équilibre coloré est lui aussi obtenu avec une grande économie de moyens : les tons bruns et noirs dessinent les figures, rehaussés de discrètes touches blanches ; seul le ciel est traité en couleur vive, un bleu vibrant sur lequel se détache la toile nue laissée en réserve pour faire surgir le drapeau.

Historique

Vendue à Londres en décembre 2017 à un collectionneur privé, l’œuvre est entrée en dépôt au musée Delacroix en novembre 2018. Elle porte le cachet de la vente Pierre Andrieu, peintre, élève et assistant de Delacroix. Celui-ci l’avait probablement obtenue dans l’atelier de Delacroix après sa mort, car une étude pour La Liberté est répertoriée dans l’inventaire après-décès du maître.

Bibliographie

  • "La Liberté guidant le peuple" de Delacroix, catalogue de l’exposition du musée du Louvre, 5 novembre 1982-7 février 1983, établi et rédigé par Hélène Toussaint, Paris : Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1982
  • Pomarède, Vincent, Serullaz, Arlette, Eugène Delacroix. "La Liberté guidant le peuple", Paris : Éditions de la Réunion des Musées nationaux, 2004