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Au début de l’année 1852, Eugène Delacroix (1798-1863) reçoit la commande d’un ensemble de peintures destinées à orner le salon de la Paix de l’hôtel de Ville de Paris. Il peint un plafond sur le thème de La Paix descendant sur la Terre, huit caissons représentant des dieux et déesses antiques et onze tympans entourant les portes et fenêtres, sur le thème de la vie d’Hercule. Ce décor, qui est le dernier réalisé par Delacroix dans un édifice civil, est inauguré en 1854 avant d’être détruit lors de l’incendie du bâtiment en 1871.

Un épisode de la vie d’Hercule

De manière originale, Delacroix choisit de représenter des épisodes de la vie d’Hercule plutôt que ses douze travaux. La scène ici représentée se situe juste avant le onzième travail d’Hercule. Hercule attache ou enchaîne Nérée, le vieillard de la mer qui s’était transformé en lion puis en serpent, pour qu’il lui révèle l’emplacement du jardin des Hespérides où il doit dérober les pommes d’or. Delacroix dispose ses figures au pied d’un grand rocher en forme de voûte, qui épouse les formes des deux combattants.

Delacroix décorateur

Le contour de l’esquisse pour Hercule attachant Nérée suit celui de l’architecture dans laquelle va s’intégrer le décor : un tympan cintré. Le tableau s’inscrit dans le processus créatif de Delacroix qui utilise l’esquisse peinte pour mettre en place les grandes lignes de sa composition. Quelques coups de pinceau suffisent à créer une arche de pierre et un petit monstre marin. La mise au carreau, dont on voit les traces, facilite l’agrandissement.

Installé dans le dernier atelier du peintre, le musée Delacroix a un intérêt particulier pour les œuvres liées à la création et au travail préparatoire dans l’atelier. Les œuvres s’inscrivant dans la préparation des grands décors constituent un des points forts de la collection de peintures qui comprend déjà une autre esquisse pour le salon de la Paix : Hercule ramenant Alceste du fond des enfers, donnée par Jean-Pierre Galland en 2018, et deux copies de Pierre Andrieu (1821-1892), collaborateur de Delacroix pour ce chantier. Le musée présente également deux maquettes pour les bibliothèques du Palais du Luxembourg, Alexandre faisant enfermer les poèmes d’Homère dans un coffret d’or et du Palais-Bourbon, Orphée apportant les arts et la paix aux Grecs encore sauvages.

Hercule attachant Nérée nous montre la manière dont Delacroix abordait la conception de ses grands décors tout en étant un des rares témoignages existants d’un ensemble disparu.

Une œuvre de provenance prestigieuse

Eugène Delacroix a conservé cette œuvre dans son atelier jusqu’à sa mort en 1863 et elle a, par la suite, figuré dans d’importantes collections particulières dont celles de Gustave Arosa, de Paul Arthur Chéramy et du peintre impressionniste allemand Max Slevogt (1868-1932) qui était un grand admirateur de l’artiste. Même si elle figurait dans les catalogues raisonnés des peintures de Delacroix, elle n’était connue que par la photographie d’un catalogue de vente de 1878.

Bibliographie :

  • Cat. exp. Exposition des œuvres d’Eugène Delacroix, Société nationale des beaux-arts Paris : J. Claye, 1864, n°23
  • Album de la collection de M. G. Arosa, Tableaux modernes, [sl ; sn], 25 février 1878, n°39
  • Alfred Robaut, L’oeuvre complet de Eugène Delacroix : peintures, dessins, gravures, lithographie, commenté par Ernest Chesneau ; ouvrage publié avec la collaboration de Fernand Calmettes, Paris, Charavay Frères, 1885, n°1137.
  • J. Meier Graefe, Erich Klossowski, La Collection Cheramy, Munich, R. Piper & Co éditeurs, 1908, n°205
  • Maurice Sérullaz, Les peintures murales de Delacroix, Paris, les Editions du temps, 1963
  • Lee Johnson, The Paintings of Eugene Delacroix : Volumes V-VI, The Public decorations and their sketches, Oxford : Clarendon press, 1989, n°590.
  • Claire Bessède, « Une esquisse de Delacroix pour un décor disparu », Grande Galerie, le Journal du Louvre, automne 2020, n°52, p.25.