Musée National Eugène Delacroix
Accueil > L’artiste et son œuvre : Influence et postérité

Influence et postérité

Paul Cézanne, Apothéose de Delacroix
Paul Cézanne, Apothéose de Delacroix

© RMN / H. Lewandowski

Fantin-Latour, Hommage à Delacroix
Fantin-Latour, Hommage à Delacroix

© RMN / H. Lewandowski

Eugène Delacroix, Jacob luttant avec l'Ange
Eugène Delacroix, Jacob luttant avec l’Ange

© RMN / Bulloz

Delacroix, au début de sa carrière est un artiste qui fréquente le monde, dont l’œuvre suscite souvent de violentes polémiques et fait même scandale, mais qui recherche les commandes et les honneurs officiels.

Au fil des années, en partie pour des raisons de santé, le peintre se retire peu à peu de la vie publique et n’ouvre sa porte qu’à de rares intimes. Consacré lors de l’Exposition universelle de 1855, il ne participe, pendant la dernière décennie de sa vie, qu’à un seul Salon (1859), où ses œuvres sont malmenées par la critique. A l’ouverture de la chapelle des Saints-Anges dans l’église de Saint-Sulpice, Delacroix constate avec amertume que les "officiels" ont boudé son invitation. Dans le même temps, certains jeunes peintres découvrent son art et apprécient son caractère novateur. Sans avoir vraiment cherché à faire école, sans avoir eu réellement d’atelier, Delacroix va devenir pour eux une sorte de maître spirituel ; d’aucuns iront même jusqu’à lui vouer un véritable culte.

Delacroix, un artiste culte

Baudelaire, qui fait de Delacroix l’artiste moderne par excellence, s’assoie sur le banc de la place de Furstenberg pour guetter une sortie du peintre qu’il suit sans oser l’aborder ; Monet et Bazille cherchent à apercevoir, d’une fenêtre de l’immeuble voisin, son ombre aller et venir dans son atelier ; Manet demande l’autorisation de copier La barque de Dante (Lyon musée des Beaux-Arts ; New-York, Metropolitan Museum) accrochée au Louvre ; Fantin-Latour peint un Hommage à Delacroix (Paris, Musée d’Orsay) réunissant tout un petit cénacle d’admirateurs autour de l’effigie de Delacroix.

Cette image tutélaire marquera durablement des artistes comme Cézanne, Degas, Van Gogh, tous trois copiant ses compositions. Cézanne travaille avec ardeur à une Apothéose de Delacroix qu’il n’achèvera jamais. Il parle même avec délectation du rouge des babouches des Femmes d’Alger (Paris, musée du Louvre) dont il compare la saveur à celle d’un verre de vin dans le gosier et affirme volontiers à qui veut l’entendre : "nous peignons tous en lui !". Degas, qui collectionne les œuvres du passé, réunit près de deux cent cinquante peintures et dessins du maître.

Les impressionnistes lui sont également très redevables. Delacroix, en fractionnant sa touche, en déclinant les couleurs dans leurs variations de teintes, pressent les solutions que les peintres de plein air vont adopter pour traduire les effets lumineux. En témoignent certaines de ses études de ciel à l’aquarelle ou au pastel, ou encore une petite peinture, La mer à Dieppe (Paris, musée du Louvre). Seurat et Signac ont étudié longuement les œuvres et les écrits de Delacroix. Comme lui, ils placent leur art entre " mathématique et musique ", le second reconnaissant même, en 1899, une filiation directe dans un manifeste : D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme. Signac, de surcroît, sera, comme Maurice Denis, autre grand admirateur de Delacroix, un des membres fondateurs de la Société des Amis d’Eugène Delacroix, constituée en 1935 pour sauver de la destruction l’atelier de la place Furstenberg.

Delacroix au XXe siècle

L’exaltation de la couleur, la couleur utilisée pure, que lui ont tant reprochée ses contemporains ravira, à l’aube du XXe siècle, des peintres issus de l’atelier de Gustave Moreau, Matisse, Rouault, Camoin, ou encore Vlaminck, Derain, Valtat. Ceux que la critique a surnommés les Fauves lors du Salon d’Automne de 1905 ont regardé et copié Delacroix. Matisse notamment, ira au Maroc sur les traces de Delacroix : à Tanger, il dessine le panorama de la rade en se souvenant que Delacroix s’en était inspiré pour l’arrière-plan de l’Entrée des Croisés à Constantinople (Paris, musée du Louvre).

Parmi les grandes figures de la seconde moitié du XXe siècle, on peut citer Giorgio de Chirico qui décide, dans les années 50, de copier les chefs-d’œuvre du passé et s’intéresse particulièrement à Delacroix, ou encore Jean Messagier qui, en 1963, l’année du centenaire de la mort du peintre, réinterprète l’Entrée des Croisés à Constantinople (Paris, musée du Louvre) en une œuvre qui, à ses yeux, occupe une place importante dans sa carrière. Enfin, Picasso, qui dans les années 1950, entreprend une relecture des Femmes d’Alger d’où sortiront ses très célèbres séries graphiques et picturales.

L’on pourrait conclure avec ce mot d’Edouard Pignon qui résume fort justement l’impact qu’exerça Delacroix sur ses successeurs : " Delacroix est comme un homme qui aurait amassé une fortune énorme, que ses enfants s’emploieraient à dépenser " ; mais on ne saurait le faire sans rappeler l’immense succès que connurent certaines œuvres de Delacroix, et l’on pense à La Liberté guidant le peuple (Paris, musée du Louvre), dont la symbolique a été maintes fois " récupérée " par telle ou telle idéologie révolutionnaire, en France mais aussi à l’étranger, et à qui l’Etat français a rendu un hommage unique en la faisant figurer, aux côtés de l’effigie du peintre et d’une vue de son atelier, sur le billet de banque de FF. 100 (mis hors circulation depuis mars 1998).

Revenir en haut de page
Musée du Louvre
Crédits | Contacts | Société des amis | Répertoire des ventes | Correspondance de Delacroix | Jeux | Boutique