Musée National Eugène Delacroix
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Charles-Quint au monastère de Yuste

Eugène Delacroix (1798-1863)

© RMN / J. Schormans

Eugène Delacroix
(1798-1863)

Huile sur toile
1837
H. 0,180 m ; L. 0,265 m
Signé en haut au centre : Eug. Delacroix
Achat, 1987
MD 1987-1

Ce petit tableau au luminisme subtilement contrasté, fut exécuté en 1837 pour Marie-Elisabeth Boulanger-Cavé, (1809-ap.1875), élève et amie de Delacroix, auteur d’une méthode pour apprendre à dessiner que Delacroix s’efforça de faire connaître.

Il représente l’empereur Charles-Quint jouant de l’orgue au monastère de Yuste (Extremadure) où il s’était retiré en 1557, moins de deux ans après son abdication. Delacroix a réalisé deux autres versions sur ce thème cher aux romantiques, en 1831 (Angleterre, collection particulière) et en 1839 (localisation actuelle inconnue).

 

Un peu d’histoire

Au faîte de la gloire, Charles V, saint Empereur romain, roi d’Espagne et des possessions espagnoles en Amérique, souverain d’Allemagne, des Pays-Bas, de Naples et de Sicile, renonce au pouvoir en 1555 pour se retirer au monastère de Yuste en Extramadure en 1557. Il y mourut le 24 septembre 1558. Pareil renoncement, pour le salut de son âme, à un immense pouvoir temporel a frappé l’imagination à l’époque romantique - comme l’illustre un poème d’Alfred de Musset. La personnalité exceptionnelle de Charles V, sa bravoure au combat, son amour de la musique et la protection qu’il offrit au Titien ont continué à renforcer cet attrait.

Variations sur un même thème

Le tableau, dont le musée Delacroix possède deux dessins préparatoires, a été peint en 1837 et fut retrouvé près de cent ans après son exposition à l’Ecole des Beaux-Arts en 1885. Delacroix avait déjà traité ce sujet en 1831, dans une composition de plus grand format, sensiblement différente, qui fut exposée au Salon de 1837 et qui se trouve dans une collection anglaise : le moine qui écoute Charles Quint est debout sur la gauche et les tonalités sombres du tableau évoquent la solitude et le renoncement qu’a désormais choisis l’empereur. Le musée Delacroix possède deux dessins préparatoires à cette peinture. Une troisième version, de format plus réduit et peinte en 1839 à l’intention du comte Anatole Demidoff, prince de San Donato, n’est plus localisée aujourd’hui.

Des notes relevées dans le Journal et dans certains carnets de croquis attestent que le peintre, toujours séduit par la personnalité de Charles Quint, avait repensé à ce sujet à la fin de sa vie : « Je vois avec plaisir [...] que c’était un grand homme doué de beaucoup d’énergie et en même temps de qualités aimables. Ce n’est pas sous cet aspect que l’histoire prise en gros le considère ; on le croit communément un être froid et perfide. [...] Charles Quint a eu, comme un autre, ses faiblesses ; il était très brave aussi et plein de bonté et d’indulgence pour ceux qui l’approchaient. Le chagrin qu’il conçut à la mort de sa dernière femme contribua beaucoup à lui faire prendre la résolution qui mit fin à son rôle sur la scène du monde. » (Journal, 15 mai 1853)

Documentation

Lee Johnson, The paintings of Eugène Delacroix, a critical catalogue, Volume II, Oxford, 1986, n° L142, repr.306 ; Fourth Supplement and Reprint of Third supplement, Oxford, 2002, n°L142, p.17, repr.2, et p.340. Arlette Sérullaz, "Acquisitions" in Revue du Louvre, 3-1987, p. 215, repr.

Lee Johnson, "Eugène Delacroix et Charles V" in The Burlington Magazine, vol. CXLII, sept. 2000, p. 544-548, repr.

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