Musée National Eugène Delacroix
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Portrait de jeune homme coiffé d’un béret bleu

Eugène Delacroix (1798-1863)

© RMN / Gérard Blot

Eugène Delacroix
(1798-1863)

Huile sur toile
Vers 1823-1824
H : 0,40 m ; L : 0,32 m
MNR 999 *

On a longtemps identifié ce jeune homme à l’expression un peu boudeuse, coiffé d’un bonnet à la Tam O’Shanter, au neveu de Delacroix, l’élégant Charles de Verninac, de cinq années seulement plus jeune que le peintre. Il s’agirait bien plutôt de l’artiste anglais Newton Fielding (1799-1856), d’origine écossaise, ami de Delacroix comme son frère Thalès (1793-1837) qui, avec Richard-Parkes-Bonington (1802-1828), travaillèrent avec Delacroix dans les années 1821-1826 aux techniques de l’estampe et de l’aquarelle dans lesquelles ils excellaient.

 

Un portrait de Charles de Verninac ?

Le catalogue de la vente après décès de Delacroix mentionne un « Portrait de jeune homme à mi-corps, coiffé d’un béret bleu » sans en identifier le modèle. Adolphe Moreau en 1875 puis Alfred Robaut en 1885, établissant le catalogue de l’œuvre de Delacroix, ont pensé que ce portrait délicat ne pouvait être que celui de Charles de Verninac, neveu très aimé du peintre et fils unique de sa sœur Henriette de Verninac. Mais, par la différence manifeste des traits du visage, celui-ci ne peut soutenir la confrontation avec les trois portraits de son jeune neveu peints par Delacroix vers 1819, 1826 et 1829, d’une incontestable ressemblance réciproque.

Ils furent tous trois légués par le peintre à Madame Duriez, née Zélie de Verninac, tante de Charles. On peut se demander pour quelle raison obscure le peintre aurait laissé ce quatrième portrait partir en vente publique après sa mort alors que l’on connaît l’intérêt tout particulier qu’il porta, sa vie durant, aux effigies de son neveu.

...ou de Newton Fielding ?

Aux débuts des années 1820, Delacroix eut sa « période anglaise » et lia de fortes amitiés avec de jeunes artistes britanniques, Bonington dont il admirait le brillant talent d’aquarelliste, ainsi que les frères Fielding, notamment « le bon » Thalès Fielding avec lequel il fit des travaux d’estampe et d’aquarelle et dont il peignit le portrait entré dans les collections du musée Delacroix en 2009, et Newton Fielding avec lequel il partagea, dès l’automne 1824, l’atelier du 20 rue Jacob que laissait vacant Thalès, retourné en Angleterre.

Le bonnet à la Tam O’Shanter que porte le modèle du portrait serait, d’après Lee Johnson, l’indice marquant de l’identité de Newton Fielding, lequel était très fier de ses origines écossaises, suffisance qui lui valut une anicroche avec Delacroix. « [Il] vivait avec les Fielding, rapporte Léon Riesener, [...] Mais un jour, les deux amis se fâchèrent. Fielding disait très sérieusement qu’il descendait du roi Bruce ; Delacroix l’appelait « sire ». Mais Fielding ne pouvait, sur ce sujet, admettre la plaisanterie. » (Burty, Correspondance, 1878, p. xvii).

Newton resta à Paris pour contribuer aux publications illustrées de l’éditeur suisse Jean-François Ostervald. Il fut, en 1827, nommé maître de dessin des enfants du Duc d’Orléans, futur Louis-Philippe. Il exposa au Salon, ainsi qu’au musée Colbert, se spécialisant, dans les aquarelles et les gouaches de sujets animaliers. Retourné en Grande-Bretagne au début des années 1830, il revint à Paris en 1855, très appauvri. Delacroix, par un geste généreux à son égard, lui prouva alors sa fidélité. « Je ne peux vous dire combien je suis sensible à toutes les bontés de mes anciens amis » écrivit Newton Fielding au peintre le 29 novembre 1855 pour le remercier.

Par la finesse de sa facture et le charme qui émane de ce petit personnage à la tenue pittoresque, ce portrait se rapproche aisément de ceux des élèves de la pension Goubaux, peints par Delacroix dans les années 1824 à 1830, notamment le portrait de Richard-Auguste de la Hautière acquis par le musée Delacroix en 2000.

* N°6 de la liste des œuvres remises en 1972 au représentant des musées d’État de Berlin, par Mgr Heinrich Solbach de l’archevêché de Magdebourg, et rendues à la France par l’Allemagne en 1994 (arrêté du 3 août) ; déposé au musée Delacroix en 1996.

Documentation

Lee Johnson, The Paintings of Eugène Delacroix. A Critical Catalogue, volume I, Oxford, 1986, n° 69 ; volume II, repr. 62.

Arlette Sérullaz, in Petit journal Exposition RMN, "Œuvres restituées par l’Allemagne", musée d’Orsay, 1994, p. 7.

Barthélémy Jobert, " Il y a terriblement à gagner dans la société de ce luron-là - Les amis britanniques de Delacroix au temps de sa jeunesse", in Bulletin de la Société des Amis du musée Eugène Delacroix, numéro 6, avril 2008, p. 10 - 20.

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