Musée National Eugène Delacroix
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Romeo et Juliette au tombeau des Capulet

Eugène Delacroix (1798-1863)

© RMN / G. Blot

Eugène Delacroix
(1798-1863)

Huile sur papier marouflé sur toile
H. 0,352 m ; L. 0,265 m
Achat, 2008
MD 2008 - 3

De 1835 à 1859, Delacroix ne composa pas moins de vingt tableaux de sujets shakespeariens, sans compter ses seize lithographies de 1834-1843 d’après Hamlet, héros romantique au sombre destin, auquel il se serait sans doute identifié dans sa jeunesse à la suite des épreuves familiales qui font de lui un orphelin sans ressources. Outre neuf tableaux consacrés à Hamlet, il traita quatre fois d’Othello, mais deux fois seulement Roméo et Juliette : Les Adieux de Roméo et Juliette (Etats-Unis, collection particulière) exposé en 1846, et ce tableau, Roméo et Juliette au tombeau des Capulet. Il illustre la scène III du cinquième acte, le moment où Roméo tient dans ses bras le corps inanimé de Juliette qu’il croit morte, avant qu’il ne se tue de désespoir et que Juliette ne se réveille et se suicide à son tour.

 

Le profond intérêt de Delacroix pour Shakespeare

Delacroix avait découvert Shakespeare en 1825 lors de son fameux voyage à Londres. Il y admira Kean "qui est un très grand acteur" dans les rôles de Richard III et Shylock. Puis, avec sa génération, il s’enthousiasma en 1827 des fameuses représentations en anglais de l’Odéon et de la salle Favart données par Charles Kemble et la fameuse actrice irlandaise Harriet Smithson dont Berlioz fera, pour son malheur, son égérie. « Les Anglais ont ouvert leur théâtre, écrit-il à son ami Soulier le 28 septembre 1827. Ils font des prodiges puisqu’ils peuplent la salle de l’Odéon à en faire trembler tous les pavés du quartier sous les roues des équipages. »

Le souvenir des représentations de Roméo et Juliette si acclamées par les romantiques n’inspira pas seulement à Berlioz, qui ne parlait pourtant pas anglais, sa symphonie dramatique Roméo et Juliette, créée douze ans plus tard en 1839. On retrouve cette lente maturation chez Delacroix, comme le prouve une estampe de 1827 représentant Kemble et Harriet Smithson dans les mêmes costumes exactement (seule la poitrine de l’actrice est davantage recouverte) que dans le tableau de Delacroix, pourtant exécuté vers 1850. La pièce de Shakespeare continua de l’intéresser, puisqu’il note dans son Journal, à la date du 29 décembre 1860, une liste commentée d’une douzaine de sujets tirés de Roméo dont la Scène de bal, Juliette et sa nourrice, Adieux de Roméo et Juliette sur le balcon, Roméo contemple Juliette couchée dans le tombeau, Juliette réveillée se jette sur Roméo mourant ou mort.

Critique et historique du tableau

La réception du tableau de Delacroix présenté avec quarante et un autres à l’Exposition universelle de 1855 fut mitigée. La toile émut Théophile Gautier : « L’étonnement du sépulcre se lit dans le regard fixe et la blancheur exsangue de la ressuscitée qui, hélas ! va bientôt se rendormir du sommeil éternel sur le corps de Roméo » (Le Moniteur, 25 juillet 1855). Tandis qu’elle déplut à Maxime du Camp : « Tout l’intérêt du tableau est dans une draperie blanche qui entoure les genoux de la jeune fille. Le reste est à peine esquissé et disparaît devant l’éclat excessif de cette tache blanche ».

Le tableau appartenait alors à Madame Delessert, mais il semble avoir été plus tard renvoyé à l’artiste qui le revendit à T.B.G. Scott, de la Société des Amis des Arts de Bordeaux où l’œuvre venait d’être exposée. En octobre 1857, il dut le confier au restaurateur Haro. Delacroix le mentionne dans une lettre du 20 novembre 1857 à Dauzat, son intermédiaire : « Je vous renvoie le petit tableau de M. Scott. Il a été déverni convenablement et je crois très éclairci, sans accident (...) ». Connu depuis lors seulement par la lithographie d’Eugène Le Roux, en sens inverse, cet émouvant tableau a rejoint en 2008 les collections du musée Delacroix qui possède en outre la série complète des pierres lithographiques originales ainsi que les lithographies illustrant le drame d’ Hamlet.

Documentation

Maxime du Camp, Les Beaux-Arts à l’exposition universelle de 1855. Peinture. Sculpture. Librairie nouvelle, Paris, 1885.

André Joubin, Correspondance d’Eugène Delacroix, 1935, Tome. 3

Lee Johnson, The Paintings of Eugène Delacroix. A Critical Catalogue, volume III, Oxford, 1986, n° L150 ; volume IV, repr. 307 (lithographie).

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